Alors que les intempéries ont fortement perturbé l’activité portuaire pendant fin décembre et depuis la première semaine de 2026, l’absence de déclaration formelle de consignation, notamment au port de Casablanca, expose les exportateurs marocains à une accumulation de surcoûts logistiques, sans possibilité de faire valoir la force majeure.
La première semaine de l’année 2026 a été marquée par des conditions météorologiques particulièrement difficiles, affectant de manière significative l’activité de plusieurs ports marocains. Houle persistante, vents violents et restrictions de navigation ont conduit, dans les faits, à une incapacité d’accueil des navires dans certaines plateformes stratégiques, au premier rang desquelles figure le port de Casablanca.
Pourtant, malgré cette paralysie opérationnelle, aucune déclaration officielle de consignation du port n’a été émise par l’autorité portuaire, ouvrant la voie à une situation que les opérateurs qualifient aujourd’hui d’iniquitable.
Dans ce contexte, plusieurs armateurs et chargeurs, notamment des exportateurs, ont exprimé de vives réclamations concernant la tarification portuaire appliquée durant cette période de perturbation.
Selon les professionnels, alors même que les opérations maritimes étaient de facto à l’arrêt, les terminaux portuaires et les autorités concernées ont continué à appliquer la grille tarifaire habituelle, comme si l’activité se déroulait normalement.
Cette situation a eu pour conséquence directe de faire supporter aux opérateurs économiques des frais supplémentaires jugés injustifiés.
De nombreux exportateurs se sont ainsi retrouvés contraints de régler des montants élevés au titre des frais de magasinage des conteneurs dans les terminaux ou des frais de stationnement des navires en zone de mouillage. Or, du point de vue des opérateurs, ces coûts découlent d’une situation assimilable à un cas de force majeure, indépendante de leur volonté et de celle des armateurs.
Le fonctionnement classique de la chaîne exportatrice est pourtant bien établi. Un exportateur marocain introduit généralement son conteneur au port deux à trois jours avant l’escale prévue du navire. Durant cette période, il bénéficie d’une franchise, correspondant à la gratuité des frais de magasinage au terminal.
En revanche, dès que ce délai est dépassé, les opérateurs de terminaux, tels que Marsa Maroc ou Somaport, appliquent des frais de magasinage qui peuvent rapidement devenir significatifs. En temps normal, ces frais sanctionnent un dépassement volontaire ou une mauvaise planification. Mais dans la situation actuelle, les exportateurs estiment être pénalisés pour des retards qu’ils ne maîtrisent pas.
Le cas du port de Casablanca illustre particulièrement cette problématique. Depuis près de deux semaines, le port se trouve dans l’incapacité d’accueillir des navires, les pilotes invoquant des conditions de houle défavorables et refusant d’effectuer les opérations d’entrée et de sortie. Dans les faits, l’activité est fortement ralentie, voire à l’arrêt par moments.
Pourtant, faute de consignation officielle du port, ni les armateurs ni les exportateurs ne disposent d’un fondement juridique leur permettant d’invoquer la force majeure auprès des terminaux afin de suspendre ou d’annuler les frais facturés.
Cette absence de reconnaissance formelle de la situation exceptionnelle crée un déséquilibre contractuel. Les exportateurs se voient appliquer des frais de magasinage croissants, tandis que les armateurs, majoritairement étrangers, répercutent à leur tour les perturbations sur leurs clients marocains. Dès l’escale suivante, nombre d’entre eux appliquent une « Port Congestion Surcharge » (PCS), une surcharge destinée à compenser les retards et les coûts induits par la congestion portuaire.
Au final, le constat dressé par les opérateurs est amer. Les surcoûts logistiques supportés par les exportateurs marocains s’accumulent à chaque maillon de la chaîne, augmentant le coût de passage portuaire et rognant la compétitivité des produits à l’export. « Ce que nous encaissons d’une main, nous le repayons de l’autre », résume un professionnel du secteur, dénonçant une situation où les aléas climatiques, combinés à l’absence de décisions administratives claires, se traduisent par une double peine pour les opérateurs économiques.
Dans un contexte de forte concurrence internationale et de pression accrue sur les marges, les professionnels appellent à une clarification des procédures de consignation des ports en cas d’intempéries majeures, afin de mieux répartir les risques et d’éviter que les exportateurs ne soient les seuls à supporter le coût d’événements indépendants de leur activité.
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