Après près de trois années d'immobilisation au fond de la zone de mouillage Est du port de Casablanca, les tubes en acier tombés par-dessus bord du navire ISLANDER en juillet 2023 font enfin l'objet d'une opération de repêchage.
La Division Hydrographie, Océanographie et Cartographie de la Marine Royale a officiellement annoncé le démarrage des travaux à travers un AVURNAV daté du 11 juillet 2026, invitant les navigateurs à observer une vigilance particulière durant toute la durée des opérations.
Les travaux se déroulent dans une zone précisément délimitée au large du port de Casablanca. Les autorités maritimes recommandent une veille attentive et rappellent que le trafic est coordonné par le VTS Casablanca sur les canaux VHF 12 et 14. Un nouvel avis sera publié à la fin des opérations.
Mais au-delà de son caractère technique, cette intervention constitue un véritable tournant pour l'industrie maritime marocaine.
Une expertise nationale qui se confirme
Le repêchage, quelques mois auparavant, des conteneurs perdus par le navire lonikos dans le port de Casablanca avait déjà démontré que des entreprises marocaines disposent désormais d'un savoir-faire capable de répondre à des opérations sous-marines complexes.
L'opération menée aujourd'hui sur les tubes en acier de l'ISLANDER confirme cette montée en compétence. Longtemps considérées comme des missions réservées à des spécialistes étrangers, ces interventions peuvent désormais être réalisées par des opérateurs nationaux, capables de mobiliser plongeurs professionnels, moyens de levage, ingénierie sous-marine et logistique portuaire.
Ironie des circonstances, les accidents maritimes récents auront eu un effet positif : ils ont permis de développer une expertise locale qui ouvre aujourd'hui la voie à une nouvelle activité économique.
Le dossier des tubes perdus en 2023 était resté en suspens pendant plusieurs années, condamnant une partie de la zone de mouillage du port. Son traitement constitue aujourd'hui un véritable cas d'école pour l'ingénierie maritime marocaine.
Il serait particulièrement utile que cette opération soit entièrement documentée — vidéos, retours d'expérience et rapports techniques — afin de constituer une référence pour les futures interventions de ce type, aussi bien au Maroc qu'en Afrique.
Vers une nouvelle activité portuaire
L'expérience acquise pourrait rapidement dépasser le seul cadre des accidents exceptionnels.
Dans les principaux ports du Royaume, de nombreuses ancres abandonnées, chaînes, corps morts et autres objets métalliques reposent depuis des années dans les zones de mouillage. Leur présence réduit parfois les capacités d'exploitation des ports, complique les manœuvres et peut représenter un risque pour la navigation.
Cette situation pourrait conduire les autorités portuaires à intégrer dans les futurs règlements d'exploitation une obligation pour les armateurs de récupérer les équipements perdus, à l'image des pratiques appliquées dans plusieurs grands ports internationaux.
Une telle évolution créerait un marché permanent pour les sociétés marocaines spécialisées dans les travaux sous-marins : inspection, localisation, récupération, dépollution et sécurisation des fonds portuaires.
Au-delà de la réussite technique attendue, cette opération pourrait marquer la naissance d'une nouvelle filière de services maritimes à haute valeur ajoutée au Maroc.
Avec plus d'une quarantaine de ports, un trafic maritime en constante progression et des ambitions affirmées dans l'économie bleue, le Royaume dispose désormais d'une opportunité pour structurer une industrie nationale du repêchage et des interventions sous-marines.
L'opération de l'ISLANDER dépasse ainsi le simple retrait de tubes en acier : elle illustre l'émergence d'une compétence stratégique susceptible de renforcer la sécurité de la navigation, d'améliorer l'exploitation des infrastructures portuaires et de générer une nouvelle source d'activité pour les entreprises marocaines spécialisées dans les métiers de la mer.
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