Industrie Navale : Nizar Baraka appelle à transformer le potentiel stratégique de la filière en levier de souveraineté et de positionnement dans les chaînes de valeur!

Industrie
Typography

Accélérer la structuration de l'industrie navale pour en faire un levier de souveraineté, de création de valeur et de rayonnement régional. C’est le principal message porté par Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, à l’occasion du « Mardi de la branche Industrie navale », organisé à Casablanca par la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (FIMME), en présence du ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, ainsi que de représentants des secteurs public et privé, d’organisations professionnelles et d’experts.

Dans son allocutionn, Nizar Baraka a replacé cette ambition dans le prolongement du discours royal prononcé à l’occasion du 48ᵉ anniversaire de la Marche verte. Ce discours a marqué une étape importante dans la consolidation de l’orientation stratégique du Royaume vers sa façade atlantique, en appelant au développement des activités économiques liées à la mer. Dans cette perspective, la construction et la réparation navales ne constituent plus une simple option sectorielle, mais un enjeu directement lié à la souveraineté nationale et au positionnement économique du Maroc.

Le potentiel demeure toutefois largement sous-exploité. Selon les données du rapport annuel 2023 du Conseil économique, social et environnemental citées par le ministre, la contribution de l’industrie navale ne dépasse pas 0,01 % du produit intérieur brut. Le secteur n’aurait créé que 700 emplois entre 2013 et 2022. Ces indicateurs illustrent l’écart entre les atouts maritimes du Royaume et la place encore marginale de cette activité dans l’économie nationale.

Pour combler ce retard, le ministère de l’Équipement et de l’Eau poursuit le développement des infrastructures portuaires destinées à accompagner la montée en puissance de la filière. Dès 2016, il avait élaboré, conjointement avec le ministère de l’Industrie et du Commerce, un schéma directeur pour le développement, à l’horizon 2030, des infrastructures portuaires dédiées à la construction et à la réparation navales. Préparé selon une approche participative, ce programme mobilise un investissement global estimé à près de 4 milliards de dirhams.

Le dispositif vise notamment à assurer la réparation et l’entretien de la flotte nationale, à capter une partie des marchés régionaux et internationaux et à positionner le Maroc comme une référence dans la construction de navires de moins de 120 mètres. Il prévoit également le développement de nouvelles activités, parmi lesquelles le démantèlement des navires et la fabrication de plateformes offshore, deux segments susceptibles d’élargir la chaîne de valeur industrielle nationale.

Le nouveau chantier naval du port de Casablanca constitue la pièce maîtresse de cette stratégie. Réalisée pour un investissement annoncé de 2,7 milliards de dirhams, cette infrastructure est appelée à jouer un rôle déterminant dans la relance de la filière. Le ministère travaille actuellement à l’accélération des procédures nécessaires à l’attribution de son exploitation au secteur privé. Le concessionnaire sera connu le mois prochain! Cette infrastructure devrait être complétée par de nouvelles capacités dans les ports d’Agadir et de Dakhla Atlantique. L’objectif est de constituer progressivement un système portuaire intégré, capable d’attirer les investissements, d’améliorer la compétitivité des opérateurs nationaux et de répartir les activités navales sur plusieurs pôles complémentaires.

Nizar Baraka a néanmoins insisté sur le fait que les infrastructures ne suffiront pas, à elles seules, à faire émerger une industrie navale compétitive. Le développement du secteur nécessite également une révision du cadre juridique et fiscal, la mise en place de mécanismes de financement spécialisés et le renforcement de la formation aux métiers de l’ingénierie navale, de la gestion des chantiers et de la maintenance spécialisée.

La création, à l’Institut supérieur d’études maritimes, d’une filière d’ingénierie consacrée à la construction et à la maintenance navales constitue une première réponse. Sa première promotion est sortie en 2024. Le ministre appelle désormais à une meilleure coordination entre les établissements relevant du transport et de la logistique, de la pêche maritime et de la formation professionnelle, afin de bâtir une offre cohérente couvrant les différentes spécialités et régions du Royaume.

À travers cette approche intégrée, le Maroc cherche ainsi à franchir le pas séparant le développement des infrastructures de la construction d’un véritable écosystème industriel. La réussite de ce chantier dépendra de la capacité des pouvoirs publics, des industriels, des organismes de formation et des acteurs financiers à inscrire leurs interventions dans une feuille de route commune, au service d’une filière navale souveraine, compétitive et tournée vers les marchés internationaux.